L’INCANDESCENTE CRÉATRICE CHANTAL THOMASS

texte Valérie Penven photos Benny Tache

Emblème du charme et de la féminité, la lingerie Chantal Thomass a donné à la femme contemporaine ses armes de séduction massive. L’effervescente créatrice nous reçoit chez elle pour une rencontre en toute intimité...
De Chantal Thomass on connaît l’effigie, sa silhouette en ombre chinoise avec sa coupe de cheveux au carré impeccable, devenu le logo et la signature de la marque… Mais on connaît moins l’histoire de la femme qui habite ce costume noir. « J’ai toujours voulu être célèbre et que mon nom soit connu internationalement » m’avait-elle déclaré lors de notre première rencontre à Monaco où elle était venue inaugurer LETE, un restaurant cabaret décoré par ses soins. Cette déclaration m’avait donné envie de découvrir celle qui révolutionna la lingerie féminine, lui rendant après les plates années 70, son éloquente sensualité. Chantal Thomass avait gentiment accepté et nous avons repris le fil de la conversation là où il s’était arrêté…
Après Moscou, où elle a inauguré sa nouvelle boutique avec un flamboyant défilé de lingerie, elle a enchaîné sur un voyage de deux semaines en Chine, pour enfin se poser à Paris et plonger

www.chantalthomass.fr

Enchantingly feminine lingerie by Chantal Thomass gives the confident, modern woman all the tools she needs to be a sexy bombshell. This glorious creative welcomes us to her home for an intimate rendezvous...
We all know what Chantal Thomass looks like with her besuited silhouette and that swinging, glossy black bob – the brand’s logo… But the backstory of the woman wearing the signature black suit is less well known. “ I have always wanted to be world famous ” she told me when we first met in Monaco during the launch of LETE, a cabaret restaurant she interior designed. This statement alone made me want to find out more about the woman who revolutionised women’s lingerie, infusing it with her eloquent sensuality after the somewhat lacklustre Seventies. Chantal Thomass agreed to fill me in and so here we are, picking up where we left off…
After launching her new boutique in Moscow with a glitzy catwalk show, she went on a two week trip to China before flying to Paris to engage in a tiresome yet unavoidable task – moving house. The designer has a fortnight to pack up and leave the

dans une tâche aussi fastidieuse qu’impérative : déménager. La styliste quitte dans quinze jours le bel appartement haussmannien où elle nous reçoit, sans doute pour un ultime portrait. L’appartement est à son image. Simple et structuré, chaleureux et épuré. La grande pièce de réception exprime son sens du détail et de la théâtralité dans une mise en scène ponctuée de rose et de noir. La bibliothèque faite sur mesure restera là. Elle regorge encore d’ouvrages d’art, sur l’histoire de la mode et de la lingerie, sur l’architecture, le design et sur les créateurs.
Comment devient-on célèbre dans le monde entier ? « Cela m’a tout de même pris presque cinquante ans (rires). Je venais d’un milieu modeste, ma mère ne travaillait pas, et j’ai toujours eu envie de me faire remarquer. Quand j’avais 17 ans je m’habillais de manière extravagante. Je me maquillais différemment, je m’épilais les sourcils complètement, je peignais mes lèvres en rouge alors que la mode était au rose. Mon fiancé était aux Beaux-Arts, il peignait des tissus que je faisais coudre ensuite par ma mère. Très vite, j’ai commencé à vendre mes vêtements. J’avais 18 ans quand nous avons créé la marque Ter & Bantine. Je suis allée voir Dorothée Bis, l’équivalent de Colette aujourd’hui. Puis j’ai envoyé trois robes à Jean-Marie Rivière qui tenait le « Café des

beautiful Haussmannian flat in which she has agreed to meet us, probably for a final portrait. The apartment is a reflection of our host. Simple and structured, warm and minimal. The large reception room with its pinks and blacks shows an attention to detail and a level of theatricality in the decor. The made-to-measure library will be staying put. It is overflowing with books on art, fashion history, architecture, design and designers.
How do you become world famous ? “ Well, it has taken me almost fifty years to get there (she laughs). I come from an ordinary background, my mum didn’t work and I’ve always wanted to stand out from the crowd. When I was 17 my dress sense was so over the top. I wore make-up differently ; I plucked my eyebrows to death and wore red lipstick when the fashion was for pink. My fiancé was at the Beaux-Arts, he painted fabrics which I then got my mum to sew up for me. Before long I was selling my clothes. I was 18 when we launched the Ter & Bantine brand. I went to see Dorothée Bis, the equivalent to Colette today. I then sent three dresses to Jean-Marie Rivière who ran “ Café des Arts ” in Saint-Tropez. He wrote to tell me that he had sold them to Brigitte Bardot and Michèle Mercier... Three weeks later Michèle Mercier and my dress made the front cover of “ Jour de France ”. Things

Arts » à Saint-Tropez. Il m’a écrit une lettre pour me dire qu’il les avait vendues à Brigitte Bardot et à Michèle Mercier... Trois semaines plus tard Michèle Mercier et ma robe faisaient la couverture de « Jour de France ». C’est parti comme une fusée. La marque Ter & Bantine est devenue célèbre rapidement, ce qui serait impensable aujourd’hui étant donné le coût exorbitant du marketing pour percer dans le métier. »
Dans les années 70, Chantal Thomass fréquente Mugler, Montana, Jean-Charles de Castelbajac. « Mes copains commençaient tous à faire des collections sous leur nom, alors j’ai abandonné le style très junior de Ter & Bantine pour créer Chantal Thomass. Mais je n’avais pas le culte du star system, je ne me montrais pas, j’étais très timide. ». Si Chantal Thomass est timide, ses collections expriment son tempérament audacieux. Mais c’est la lingerie, venue presque par accident, qui va la propulser sur le devant du podium. « La lingerie est arrivée dans les années 75. Je me suis inspirée du passé, j’avais une grande admiration pour les corsets et j’aimais les très belles matières. J’étais fascinée par la lingerie des stars des années trente, leurs déshabillés somptueux en soie et dentelle, leurs porte-jarretelles… Dans ma génération on portait des collants, la mode c’était Jane Birkin, une poitrine plate sans soutien gorge sous le tee shirt. Alors j’ai fait des sous-vêtements pour mes pièces de défilés. C’était vraiment sensationnel et cela a tout de suite plu aux journalistes. Pendant 10 ans, dans les Fashion Week, je montrais 2 minutes de lingerie par défilé, toutes les photos et tous les comptes rendus de la presse ne portaient que sur la lingerie. Cela me rendait hystérique et j’ai même pensé arrêter la lingerie. Mais une belle fille dans une belle lingerie c’est tout de même spectaculaire… » Chantal Thomass poursuit ses collections de Prêt-à-Porter jusqu’en 94, mais un problème avec des associés lui fait perdre son nom pendant trois ans : « Quand j’ai retrouvé mon nom, je n’ai trouvé que des personnes intéressées par la lingerie. Personne d’autre à l’époque ne faisait de lingerie originale. » Chance ou accident, Chantal Thomass quitte à regret le Prêt-à-Porter pour devenir la prêtresse de la lingerie fine, un style qui a fait des émules depuis avec Victoria’s Secret et Agent Provocateur notamment.

then skyrocketed. Ter & Bantine became famous practically overnight, something that would be unthinkable today given the exorbitant cost of marketing necessary to break into this sector. ”
In the Seventies Chantal Thomass rubbed shoulders with Mugler, Montana and Jean-Charles de Castelbajac. “ My buddies were all starting to create collections under their own names, so I got rid of the very junior style of Ter & Bantine to launch Chantal Thomass. But I didn’t know how to promote myself like a star, I kept in the background, I was somewhat shy. ”. Chantal Thomass may well have been reserved but her collections were very self assured. It was lingerie however, something that happened almost by accident, that would propel her to the front of the catwalk. “ Lingerie came about in 75. I was inspired by the past ; I loved corsets and beautiful fabrics. I was fascinated by the lingerie worn by stars back in the Thirties, all lavish silks and lace, garter belts… My generation wore tights ; the fashion was Jane Birkin orientated - flat chested and braless under
a tee-shirt. So I started to make sexy undies for my catwalk outfits. It caused such a stir ! Journalists were falling over themselves with delight. Every Fashion Week for a decade I showed 2 minutes of lingerie per catwalk show and guess what, all the photos and press centred on that ! I got so frustrated I even considered stopping the lingerie. But a pretty girl in lovely lingerie is a knockout too… ” Chantal Thomass continued designing her ready-to-wear collections until 94, but a problem with partners made her lose her name for three years : “ When I got my name back, I found out that people were only really interested in the lingerie. No one else back then was designing such original lingerie. ” Fate or not, Chantal Thomass grudgingly abandoned ready-to-wear to become the high priestess of luxury lingerie, a style that has been emulated since by Victoria’s Secret and Agent Provocateur in particular.

 

Une énergie en circulation libre
Chantal Thomass ne s’arrête jamais. De bouger. De créer. De s’inspirer. De travailler. Elle multiplie les incursions de son univers romantique et sexy dans d’autres domaines de création. La décoration d’un hôtel parisien sur le thème des 7 péchés capitaux, des vases pour une maison italienne, un bouquet en forme de cœur composé de roses pour la Saint-Valentin avec Interflora, une collection de valises capitonnées qui sortira en juin et qui portera son nom, une petite collection de vêtement chauds et sexy pour la désuète maison Damart avec laquelle, une fois n’est pas coutume, elle réitèrera sa collaboration. Cette année, elle s’est aventurée au Crazy Horse pour « habiller » les danseuses, « en général beaucoup plus nues » précise-t-elle, et composer certains tableaux du spectacle. « Le show « Dessous Dessus » devait durer 3 mois mais il a été prolongé de 3 mois supplémentaires. Ça m’a énormément amusée de travailler avec un chorégraphe, avec ces danseuses adorables et bosseuses. J’ai conçu trois tableaux et changé complètement les lumières, c’est véritablement une signature Chantal Thomass. » S’enthousiasme-t-elle.
Mais d’ou vient sa pêche ? « Plus je travaille, plus j’ai envie de travailler, je suis toujours excitée de faire quelque chose de nouveau. Ça me stimule de travailler dans différents registres, ça me donne des idées même pour la lingerie, les univers se nourrissent les uns les autres. Mais il y a des choses qu’on me propose et que je refuse de faire, comme de dessiner une ligne de foulard pour les pays arabes, je ne suis pas fan de la femme voilée, je suis une féministe » dit-elle. S’arrêtera-t-elle un jour de créer ? « Un jour j’arrêterai, mais je continuerai quand même des projets particuliers comme le bar à Monaco par exemple ou des conférences comme je le fais régulièrement dans les grandes écoles de marketing. Je ne pense pas que j’aurais envie de m’arrêter complètement. Car je ne sais pas comment fait Karl Lagerfeld à 83 ans, je suis plus jeune que lui mais je supporte moins bien les décollages horaires et puis en plus je fume… ». Conclut l’incandescente créatrice en tirant une bouffée sur sa cigarette.

A whirlwind
Chantal Thomass never stops. Moving. Designing. Inspiring. Working. She extends her romantic, sexy universe into other creative endeavours. The interior design of a hotel in Paris based on the theme of the seven deadly sins ; vases for an Italian house ; a bouquet of roses shaped like a heart for Interflora for Valentine’s Day ; a collection of padded suitcases in her name which are due to come out in June ; a small collection of sexy thermals for Damart with more in the pipeline, as once is never enough ! This year she also partnered up with Crazy Horse to “ dress ” the dancers, “ who are usually more naked ” she says, as well as design some of the sets for the show. “ The Dessous Dessus show was supposed to run for 3 months but now it’s been extended for a further 3 months. What fun it was working with a choreographer and those adorable and hardworking dancers ! I designed three sets and totally changed the lighting so it’s signature Chantal Thomass ” she enthuses.
So where does this drive come from ? “ The more I work, the more I want to work ; I’m always thrilled to be doing something new. Spin offs always excite me, working in different fields gives me ideas for new lingerie, there’s interaction between them all. But sometimes I’m asked to do stuff and I say no, such as designing a scarf line for Arab countries, I’m not into women concealing their faces, I’m a feminist ” she adds. Will she stop designing one day ? “ One day perhaps, but I will still dip my toes in special projects like the bar in Monaco for example or conferences – I regularly do those for top marketing schools. I don’t think that I will ever want to stop completely. I don’t know how Karl Lagerfeld does it aged 83 though, I’m younger than him but I find flight schedules quite hard and on top of that I smoke… ”, says the glorious creative, puffing longingly on a cigarette.

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