BURN TO BE ALIVE

texte Olivier Dézèque images César Ancelle Hansen

S’il est un regroupement que le Gonzo reporter Hunter Stockton Thompson aurait trouvé des plus communs c’est bien le Burning Man. L’événement matérialiserait certainement les fantasmes du journaliste outsider habitué aux cocktails de méta-amphétamine et de LSD. Cependant, dans ce désert, il y a peu de voyeurs.

Ce sont les participants qui s’engagent pour une semaine de délire, célébrant à l’unisson un mélange de pop-culture acidulée, de créativité de bazar, de vide-grenier du stupéfiant, de refus des normes et d’intégration à l’environnement, surtout quand elle permet de devenir temporairement quelqu’un d’autre. Hunter y aurait remarqué la même normalité qu’un gamin de 8 ans qui mate Alice in Wonderland. Tout va bien à Wonderland. Quoi de plus louche entre un mec en costard cravate avec un attaché case chaîné au poignet au milieu de rien ou un homme grenouille avec des palmes fuchsia et des lunettes de plongée orange au même endroit ? C’est toute la philosophie du Burning Man, dans la course au bizarre rien n’y est plus étrange qu’une autre chose. Le docteur César Ancelle Hansen, médecin urgentiste passionné de chambre noire, s’est naturellement prêté au jeu.
Armé d’un Fuji Instax ou d’un Polaroïd SX-70, rares boitiers analogiques capables d’exacerber le côté baroque du meeting, il a décidé de voler des clichés et de sublimer les situations sans passer pour un reporter de guerre.
Black Rock City Nevada : le patelin est plutôt sec et généralement paisible. Toutefois, le trafic devant l’entrée se fait dense avant la manifestation. Ceux qui n’ont pas eu le temps de s’équiper en masques, en déguisements excentriques, en lampes torches ou en gourdes peuvent encore se permettre quelques emplettes, parce qu’une fois dans l’arène, l’argent n’existe plus. Tout est gratuit ou troqué, sauf l’accès qui coûte

If ever there was an event more up Gonzo reporter Hunter Stockton Thompson’s street then it’s Burning Man. It would certainly have appealed to this outsider journo’s wildest fantasies, spaced out as he was on cocktails of meta-amphetamines and LSD. But in the desert peeping toms are few and far between. Active participants at this gathering come for a week long bacchanal that fuses acid pop culture, bartering and trading (it’s a money-free festival), hallucinogenic drugs on tap, free love and becoming so much at one with the landscape that you temporarily become someone else. As perfectly normal for Hunter as an 8 year old kid checking out Alice in Wonderland. Everything is hunky dory in Wonderland. What’s more odd – a man in a suit and tie with a briefcase hanging off his wrist in the middle of nowhere or a man dressed as a frog with fuchsia palms and orange goggles in the same place ? That’s Burning Man in a nutshell; things that may look odd are actually no more bizarre than anything else. ER doctor and avid photographer Cesar Ancelle Hansen is ready to jump right in.
He decided to use his Fuji Instax and Polaroïd SX-70, usual camera choices but better suited to capture the best snaps of the flamboyant aspects of this gathering without looking like a war photographer in the process !
Usually Black Rock City Nevada is a peaceful dustbowl but prior to the event the traffic at the entrance is bumper to bumper. People who didn’t have time to grab masks, fancy

un bras. Quelques rythmes lointains, comme étouffés par le silence, se font entendre. C’est le calme avant la tempête et la période d’incertitude mais on s’y fait vite. Le mélange de Woodstock, de rave party Goanaise en haute-saison et de rites tribaux aux relents holistes se confirme. L’évidence se dévoile aussi bien dans les camps où logent les invités qu’autour de l’ensemble des évènements officiellement organisés. On se sent bien.
Ça ne dure qu’une semaine et le sablier coule. Il est presque interdit de louper quoi que ce soit. « On aura le temps quand on sera mort », s’exclament d’emblée certains burners atteints du syndrome F.O.M.O. - Fear of Missing Out -. Le lever du soleil, la nature en action, le son, les performances...  les invitations tombent comme une pluie inattendue et abondante qui caresse et rafraichit. Fatalement il faut se mettre dans le rythme. De toutes manières celui qui ne s’accorde pas au beat passera un sale moment. Ça fait partie du jeu. 2 heures de sommeil sur 24. Gros types en tutu pleins de sueur, créatures splendides nues à la peau verte avec piercings de circonstance ou gentils sheitans d’opérette chevauchant leurs bicyclettes customisées version licorne pour la singularité : tous se mélangent dans la couleur et dans l’action permanente. Les infos circulent. Un camp héberge les pontes de la Silicone Valley. Certains assurent avoir croisé Johnny Deep ou Paris Hilton mais les burners s’en fichent. Ici tout le monde change d’identité. Quand la fête est à son climax, les défilés de chars, les œuvres d’art éphémères, les ateliers de photos de vagin ou d’initiation au sexe tantrique, les stages de poterie psychédélique ou autres forums sur la communication avec l’au-delà sont assurément plus attrayants que le prestige du pouvoir et quand la musique est bonne, elle est juste bonne. Les participants admettent pour la broutille de l’ambiance ne pas trop se soucier d’un budget compris entre 3 000 $ et 15 000 $, 7 jours all inclusive, délire illimité compris mais attention au respect des commandements. Il est impératif de coller aux règles précisées dans la bible remise dès l’entrée pour connaître le Nirvana.

dress, flashlights or water canisters can still splash the cash here but once they go through the gates, it is a money-free zone. Everything is free or bartered, except for the entrance fee which costs an arm and a leg. You can hear some muffled beats in the distance. This is the calm before the storm. There’s a moment of hesitation that is quickly stifled. This place is like a fusion of Woodstock; a high-season rave party in Goa and tribal rights with a holistic twist. We see this both in the camps where attendees are staying as well as at all the officially organised events. The feel good factor is through the roof.
The festival only lasts a week and time is ticking. It’s practically a no-no to miss out on anything. “Plenty of time to snooze when you’re ten feet under”, say some FOMO (fear of missing out) Burners with their feet barely through the gate. Sunrises, nature in action, a mish-mash of art and music... things to see and do on the playa come thick and fast like an unexpected deluge that caresses and refreshes the body. Inevitably we have to pick up our pace to go with the flow. Foot-draggers have less of a good time. That’s part of the game, existing on 2 hours of sleep a day. Leftfield sights such as big sweaty guys in tutus; beautiful naked girls daubed in green paint with piercings and theatrically farcical folk riding unicorn-themed bikes all blend together as part of the colourful festival atmosphere and its non-stop action. Word is getting around that a camp is home to Silicon Valley hotshots. Some claim to have seen Johnny Deep and Paris Hilton ! But veteran Burners couldn’t give a fig. Here, everyone changes their identity. As the festival reaches its climax, floats, ephemeral artworks, vagina/tantric sex photo workshops, psychedelic pottery courses and forums for communicating with the dead are far more of a draw than status and power and when the music is good, it is good. Active participants wanting to soak up the atmosphere have to fork out between 3,000 $ and 15,000 $, for seven, crazy, fun-filled days all in, but they must respect the rules. Festival-goers have to agree to abide by the regulations set out in the ‘bible’ provided at the entrance before they can enjoy Nirvana.

Peu d’accidents, de bagarres et de débordements mais tandis qu’une centaine des 70 000 participants reluquaient des petites gonzesses déguisées en poules à paillettes qui se trémoussaient devant le son high tech de Robot Earth, un sale type a pissé dans le sable. D’évidence le zig n’avait pas lampé la totalité du guide pratique. Uriner dans le sable : c’est proscrit, c’est mal. Les rangers aux dents acérés et aux épaules saillantes lui ont illico filé une contredanse. « Non on ne fait pas ça ici Monsieur, nous allons procéder à une fouille », ont-ils dit de façon inquisitrice.
Il aurait dû avaler ses substances récréatives à domicile, sous sa tente mais l’ordre a trouvé une faille sous forme de pilules. Le burner a été reconduit aux portes du mirage de nos fantasmes. « Ça ne se passait pas comme ça avant, c’était différent, l’entrée était même gratuite, c’est devenu une démarche pro-capitaliste !», ont entonné en cœur les vieux de la vieille. Ces derniers dieux d’une culture agnostique. Ceux qui t’épaulent en te conduisant au temple quand ça ne va pas trop et que le bad trip te fait un clin d’œil. La drogue récréative est une réalité du Burning Man et il faut savoir jouer au chat et à la souris avec les lois de l’état ... ne rien rendre évident, ne pas montrer. Les tempêtes de sable quotidiennes sont comme l’autre horloge au tic-tac annonçant l’échéance d’un délire. On perçoit maintenant des chuchotements : « Il est temps que ça s’arrête mais vivement l’an prochain ». Le lendemain le désert doit être rendu propre à son néant. Les Burners embarquent leurs sacs de détritus qui seront rachetés par des canneurs bohémiens à la sortie de la ville. L’économie et bien réglée tout de même puisque ces derniers vont revendre le recyclable en margeant sur leur achat de poubelle. Les oreilles qui bourdonnent, rêvant de renaissance italienne, thème du festival cette saison, les festivaliers se réinsèrent dans le trafic de leurs vies globalement bien rangées. Ils sont en transit entre l’ « Insane in the membrane » et le « Come as you are » de leur génération. Seul ce dernier tremblement de terre artificiel a su rapprocher les deux.

Accidents, fights and misdemeanours are few and far between but as a hundred of the 70,000 revellers were ogling some (literally) hot chicks strutting their stuff to the high tech sounds of Robot Earth, one attendee was caught peeing in the sand. Obviously he hadn’t read the rule book as urinating in the sand is an absolute no-no. Hulky rangers were quick to apprehend the transgressor with a biting and rather probing statement “No you can’t do that here dude, time for you to be searched”.
Despite having probably popped his pills back in his tent, the response reveals a pill-shaped problem. The Burner was taken back to the gates of our mirage of a fantasy. “It wasn’t like that before, it was different, you could even get in for free, it’s become pro-capitalist !” say die-hard Burners and gods of this agnostic culture. People carry you off to the temple when things have taken a turn and a bad trip nods in your direction. Recreational drugs are part and parcel of Burning Man and you have to know how to play cat and mouse with State laws ... keep things low-key, and don’t shove what you’re doing in people’s faces.
Daily sand storms are like the tick tock of another clock announcing the end of the hedonistic celebration. People start muttering : “It’s time to go but here’s to next year !” The next day the desert must be returned to its natural state. Burners are all about MOOP (leave no matter out of place) taking their trash to be bought by bohemian can recyclers at the town’s exit. A clever system as the latter will recover the monies spent buying the trash when they go on to sell the recycled materials. Ears buzzing, and heads bursting with images of the Italian Renaissance (this year’s festival theme), revellers slip back to their generally regulated, shipshape lives. Somewhere between the “Insane in the membrane” and “Come as you are” of their generation. Only this man-made rumble in the desert has managed to bring the two together.

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