L’HOMME AUGMENTÉ du fantasme à la productivité

texte Fabio Bonavita images all rights reserved

Exosquelette, main bionique, implants cérébraux, ces avancées technologiques, qui appartenaient autrefois à l’univers de la science-fiction, donneront bientôt naissance à un « homo techno ». Faut-il partir en courant ou s’en réjouir ?

La performance est l’obnubilation du XXIe siècle. Il faut être meilleur au travail, au lit, et même quand on pratique une activité sportive. Nos quotidiens sont mesurés, scrutés, jugés, connectés. Avec la démocratisation des smartphones et des applications qui permettent de nous jauger, le transhumanisme a trouvé un terreau fertile pour se développer comme jamais auparavant. Ce mouvement culturel et intellectuel sanctuarisant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer nos caractéristiques physiques et mentales peut également s’appuyer sur Google pour transformer le fantasme en réalité de demain. Le géant américain nous promet la fin de la maladie et l’immortalité. On sait Larry Page et Sergey Brin, les deux fondateurs, très influencés par la pensée transhumaniste. En rachetant des dizaines de startups actives dans les maladies liées au vieillissement et dans le domaine de la robotique, les deux patrons s’imaginent en dieux modernes et l’actualité leur donne en partie raison. En janvier de cette année, des chirurgiens chinois ont procédé à la transplantation de la tête d’un singe sur un autre primate. Aujourd’hui les singes, demain les êtres humains. Et personne ne s’en étonne vraiment. Les prouesses de la science donnent l’impression de faire partie d’une évolution logique. Intelligences artificielles, séquençage du génome, prothèse intelligentes, la liste des modifications possibles de l’être humain est longue et leurs applications quasiment infinies. Ce qui a changé, c’est que nouvs sommes passés de la réparation à l’augmentation. Quand les lunettes ou les verres de contact permettent de retrouver une vue idéale, les bras bioniques ou les implants cérébraux interviennent pour augmenter des capacités initiales intactes. La différence est considérable d’un point de vue physiologique, philosophique et sociologique.

Exoskeletons with robo-hands and neural implants – these technological advances that once belonged to the realm of science fiction will soon give rise to “techno sapiens”. Should we be running to the hills screaming or be super excited ?
Performance is key in the 21st century. We strive to be better 24/7, not just in sport related activities. Our daily lives are measured, scrutinised, appraised and digitalised. With the democratisation of smartphones and applications that help us to appraise our activities,  transhumanism has found fertile ground and is flourishing as never before. This cultural and intellectual movement applauds the use of science and technology to enhance our physical and mental capabilities and looks at Google to transform fantasy into tomorrow’s reality. The American giant promises immortality and an end to illness. We know that co-founders Larry Page and Sergey Brin are very influenced by transhumanist philosophy. By acquiring dozens of start-ups involved in age-related illnesses and robotics, the two bosses see themselves as modern gods. And that’s not too far from the truth. In January this year, Chinese surgeons transplanted the head of a monkey on another primate. Today monkeys ; tomorrow human beings. And no one is that surprised either. Scientific competence gives the impression that it’s all part of a logical evolutionary process. Artificial intelligence, genome sequencing, intelligent prosthetics, the list of potential modifications of human beings goes on and on with almost endless applications. The twist is that we have switched from repairing to enhancing. Whereas spectacles and contact lenses help us to see better, artificial hands and neural implants are used to augment biological functionality. The difference is significant from a physiological, philosophical and sociological point of view.

 

Homo Capitalisticus
La véritable question à se poser est de savoir si ces évolutions peuvent transformer notre personnalité, notre identité et notre humanité. Nul besoin d’être un expert en sociologie ou un scientifique réputé pour comprendre que l’évidence se présente à nos yeux, la fusion entre technologie et corps entamera un peu de notre humanité. Cette question réglée, penchons-nous un instant sur les avancées déjà agendées. La Chine serait en train de développer un programme de séquençage génétique permettant de choisir, dès le stade embryonnaire, les enfants au potentiel intellectuel le plus développé. En Russie, un milliardaire excentrique a lancé le projet « 2045 ». Son but ? Parvenir d’ici vingt ans à transférer la conscience dans un corps holographique. Les signes d’un monde nouveau se multiplient aux quatre coins du globe. Les Google Glass (officiellement abandonnées) et le Human Brain Project de l’EPFL sont également à ranger dans cette catégorie. L’Homme hybride est déjà une réalité. Amputé de la main en 2002 à la suite d’un accident du travail, le Français Nicolas Huchet ne s’est pas laissé abattre. Il a décidé de fabriquer sa propre prothèse pièce par pièce grâce à une imprimante 3D. L’Américain Amit Goffer est l’inventeur du ReWalk, un exosquelette qui permet aux paraplégiques de se tenir debout, de remarcher et de monter des marches d’escaliers. Au Japon, un exosquelette amplificateur de force a été développé par la société Active Link. Il offre la possibilité de soulever plus de 30 kg d’une seule main. Les exemples sont déjà nombreux, ils se multiplient à une vitesse jamais atteinte grâce aux avancées technologiques. Si ces dernières permettent aux personnes handicapées de retrouver une vie normale, elles seront demain la source de nouveaux débats. Que se passera-t-il quand on assistera au spectacle d’une société duale composée d’hommes augmentés et d’hommes naturels ? Comment se déroulera cette cohabitation ? Quelle est la finalité de cette évolution ? Un rapport américain, datant de 2002, sur la convergence des technologies permet d’y trouver une partie de la réponse. Il y est écrit qu’augmenter les performances humaines servira la productivité et la croissance économique. Game over

Homo Capitalisticus
The real question is to ask whether these developments can change our personality, identity and humanity. You don’t need to be an expert in sociology or a reputable scientist to appreciate what’s going on, nor to understand that the fusion between technology and the human body may nibble away at our humanity. That being said, let’s have a look at the progress that has already been made. China is currently in the process of developing a genome sequencing programme that will allow us to select children with the greatest intellectual potential from the embryonic stage. In Russia, an eccentric billionaire has launched his “2045” initiative. His goal ? To upload his brain into a hologram body within twenty years. Global indications of a new world are on the up. Optical head-mounted displays known as Google Glass (officially abandoned) and EPFL’s Human Brain Project are also included in this category. Hybrid man is already a reality. Having had his hand amputated in 2002 following a work-related accident, Frenchman Nicolas Huchet didn’t take things lying down. He decided to create his own 3D printed robotic prosthetic arm. American Amit Goffer invented ReWalk, an exoskeleton that allows paraplegics to stand, walk and climb up steps again. In Japan, a next generation exoskeleton (power-assist suit) has been developed by Active Link. One hand can lift over 30 kgs. There are so many other examples and they are multiplying faster than ever due to technological advances. Although they give people with disabilities the chance to lead a normal life today, in the future they will be fodder for new debate. What will happen when our society is comprised of both normal men and ‘enhanced’ men ? How will that pan out ? What’s the purpose of this evolution ? An American report from 2002 on technological convergence hints at an answer. It states that the enhancement of human performance will increase productivity and economic growth. Game over.

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