Rendons grâce à son habit de lumière
Il semble surgir de la voûte céleste. Les plus belles symboliques le donnent pour exemplaire ! Non-couleur, contre-couleur, compilation de toutes les couleurs, qui est ce blanc intriguant, lumineux ? D’où vient sa teinte immaculée qui maudit l’impureté, bannit toute souillure, renie tout compromis, mais porte en elle une ambiguïté : est-elle absence où opulence ? À nos yeux, le blanc est dépourvu de couleurs ; en réalité, il les a toutes cannibalisées pour en faire son éclat et son despotisme rayonnant ! Quelle est l’énigme de son double jeu ? Comment opère la magie blanche ? Newton a divulgué son stratagème grâce au fameux prisme au travers duquel il observa la décomposition du rayon litigieux en sept couleurs, celles de l’arc-en-ciel, prenant la pureté blanche en flagrant délit de flagornerie : le blanc ne serait qu’un piètre prédateur des couleurs, qui, en s’y frottant, s’empressent d’absorber une part du spectre lumineux et de révéler une note colorée, désarmant sa majesté blanche de son éblouissant trompe-l’œil. A titre d’exemple, quand notre star blanche projette ses rayons sur la carotène, celle-ci absorbe l’orange, une des nuances de son spectre lumineux. Pour avoir confondu sa cohésion, elle le prive de sa soi-disant hégémonie blanche, laissant apparaître la couleur, délicieux et délictueux avorton du rayon céleste ! Le blanc ne serait somme toute ni blanc-blanc, ni inaltérable ! Il serait vulnérable. Lui en voudrait-on pour autant ? Non, car la blancheur de cet ange exterminateur de couleur nous est précieuse : elle sait voguer de la matité, le blanc de l’Est, à la brillance, celui de l’ouest. Or ces deux blancheurs sont indispensables à notre renaissance quotidienne car l’une suppose la disparition du jour et des couleurs diurnes, l’autre annonce l’aube et le retour du jour. Deux pôles d’attraction qui impliquent le blanc dans le renouvellement de notre énergie. C’est dire comme il est légitime de l’idolâtrer, malgré ses frasques ! Vénéré pour son éclat, il cumule les mandats de séduction, si bien qu’on lui prête une batterie de symboles, tous aussi séduisants les uns que les autres.
Voyage au cœur de la symbolique blanche
Le blanc est pureté, innocence, virginité ( comme la robe de mariée ), paix et sérénité ( comme la colombe ), et plénitude ( les Romains employaient de la craie blanche pour surligner les jours fastes, le charbon était réservé aux jours néfastes ). Le blanc est l’emblème de l’initiation et de la sagesse car il s’identifie à la lumière intérieure. Revêtu de son manteau de transparence et de transcendance, il émane sans doute de l’au-delà, évoque l’irréel. Les fantômes en sont drapés, les revenants, les spectres et tout ce qui relève du surnaturel est lumineux et brillant ! On le dit d’essence divine, ce qui le fit adopter naturellement par les souverains qui représentaient l’autorité cléricale : le cheval blanc d’Henri IV n’était-il pas blanc, ainsi que son étendard, la fleur de lys, et une partie du drapeau du Vatican… ? Sa symbolique s’attarde aussi sur sa « non-couleur » et homologue sa « non-présence », son vide sidéral, par maintes expressions exprimant la solitude qui est parfois son dû, le néant qu’il fait entrevoir, le silence qu’il revêt, ses absences en quelque sorte !
Ainsi, une voix blanche est une absence de voix, une balle à blanc reste sans… balle, une nuit blanche sans sommeil, un blanc est aussi un trou de mémoire, un blanc dans un texte équivaut à un espace laissé en réserve. La nature lui donne fière allure sous forme de neige immaculée qui atténue les bruits, ou de nuages volatiles et aériens poussés par le souffle du vent. Tant de dictons ou légendes louent ses dons qu’il est préférable de se ranger de son côté plutôt que de celui de sa contre-couleur, le noir, redoutable et ravageur, annonciateur et dénonciateur de malheur, qui se délecte de délits, s’abreuve de douleur et inspire la mort. Rendons grâce à son habit de lumière, admirons son apparence d’ange, goûtons aux paradis blancs !


