Fashion addict

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La mode, c’est la vie

john_gallianoInutile de vous préciser que chez Open nous sommes de purs « fashion addict ». Nous aimons les vêtements qui révèlent plutôt qu’ils ne cachent, les étoffes qui transcendent l’être par le paraître. Au cœur de cette créativité plurielle, sans cesse re­nouvelée, nous sommes partis explorer l’univers de cette mode qui nous fascine tant…

Bien que le vêtement existe pour des raisons fonctionnelles évidentes – se protéger des intem­péries et protéger son corps du regard des autres – au fur et à mesure, il est étoffé, décoré, et accom­pagné d’accessoires. On commence à porter des bijoux, à se maquiller et à se parfumer; c’est à ce moment qu’on ne parle plus seulement de vêtement, qui a d’abord un but fonctionnel, mais de mode, qui a des fins plus séductrices. D’ailleurs dans les contrées les plus chaudes où le vêtement ne joue plus son rôle protecteur, la séduction a toujours existé. Les peuples indigènes ont toujours aimé s’orner de pagnes végétaux, plumes et breloques de toutes sortes; il n’entrait pas là de raison purement fonctionnelle, le narcissisme et la séduction avaient déjà leur part. La notion de mode dépasse donc la simple nécessité de se vêtir et le phénomène a longtemps été le privilège de l’aristocratie et des classes aisées imitant les modes de la cour, avant de se populariser et de devenir un phénomène de masse. Pour nos ancêtres, l’habit était le signe extérieur de leur rang social : la robe pour le moine, la tunique pour le serviteur, l’armure pour les chevaliers… Dès lors, il n’était certes pas malin de se faire passer pour un autre, d’où l’usage de l’expression « L’habit ne fait pas le moine… ». Le terme mode apparaît en 1482 : il désigne les changements dans les détails du vêtement et l’expression « la nouvelle mode » devient dès 1549 « être à la mode ». C’est au XVIe siècle qu’apparaissent les premiers journaux de mode et les « poupées de France », des figurines habillées que s’échangent les dames pour faire connaître les dernières nouveautés. Mais c’est le créateur Charles Frédéric Worth qui eut le premier l’idée, vers 1858, de faire porter ses modèles par de vraies femmes, alors appelées « sosies », dans des salons où les clientes venaient choisir. De là naît réellement l’histoire de la mode.

Qui imite qui ?
De Jean Poiret à Karl Lagerfeld, les stylistes sont devenus des personnages publics à la notoriété grandissante. Véritables gourous du style, ils sont des créateurs de tendances pour les grands noms de la distribution internationale et jouent un rôle économique majeur. Mais comment et où puisent-ils leur inspiration ? Qui dicte réellement les ten­dances ? Le cinéma, les stars, la culture musicale, la rue, les grands créateurs? Le rapport de la mode à la rue est devenu un jeu éminemment complexe. Car qui imite qui ? L’exemple de John Galliano est à cet égard frappant : dans sa fameuse collection « clochard » il s’est inspiré de l’ingéniosité que les gens de la rue mettent à se vêtir. Mais Galliano puise aussi sa créativité dans les costumes d’époque, les archives de la maison Dior et ses voyages à travers le monde à la recherche de détails, de tissus, d’artisanat ou d’orfèvrerie locale. Tom Ford s’est inspiré du film culte In The Mood For Love pour créer l’une des collections les plus sublimes pour Yves Saint Laurent aujourd’hui disparu. Le duo Dolce & Gabana imagine ses sil­houettes à partir des figures mythiques du cinéma italien : le gangster sicilien et son costume mille-raies à la coupe élégante ainsi que la fille de bonne famille sicilienne qui campe une séductrice latine en corset, talons hauts et sous-vêtements portés en vêtements de dessus. Jean Paul Gaultier, quant à lui, s’abreuve de l’émotion de ses souvenirs d’enfance, évoquant une féminité au parfum désuet avec le corset de sa grand-mère remis au goût du jour. L’inspiration des grands créateurs est inépuisable et elle nous émerveille de son spectacle grandiose et féerique, chaque année sur les podiums. Le génie des stylistes associé au talent des innombrables « petites mains » matérialise le croquis en œuvre d’art éphémère. Et pour cette mode-là, qui nous embarque ailleurs, qui nous fait décoller de la réalité, nous serions prêts à donner beaucoup…
Mais, poussons un peu plus loin l’escarpolette et allons faire un petit tour du côté des bureaux de style qui définissent, 18 à 24 mois à l’avance, les fameux cahiers de tendances. Ces cahiers de couleurs, influences et matières présentent d’abord les quatre courants forts qui définissent chaque saison. Ces quatre thèmes directeurs sont ensuite déclinés, enrichis et adaptés pour chaque cahier en fonction de son marché spécifique. Richement illustrés de dessins, croquis et photos, ces cahiers rendent compte de façon précise et réaliste des prochaines tendances vestimentaires. Une poignée de personnes imposent les modes à l’ensemble de la population et décident des normes esthétiques dans un avenir de deux à trois ans. Cette image est ensuite véhiculée par la publicité, les mannequins, le cinéma et l’ensemble des médias qui propagent un modèle dominant. Mais, il n’est plus si facile de réduire la mode au prestige d’une élite définie, serait-ce celle du spectacle. La mode contemporaine exprime un paradoxe : à la fois une certaine attitude grégaire et le rejet de toute appartenance à une catégorie déterminée. La mondialisation et la concurrence ont entraîné la fusion des groupes de l’industrie de la mode et du luxe et un marketing poussé à l’extrême. Les nécessités liées à la rentabilité et au retour sur investissement ont augmenté le nombre de collections par an, accéléré le roulement des nouveaux produits, tout en faisant et défaisant les modes en très peu de temps. Ces changements incessants incitent par là même à renouveler le vêtement avant que celui-ci ne soit usé ou inadapté. Telle est la loi du marché qui gouverne ce monde.
Face à cet univers consumériste en décalage avec les valeurs émergentes du développement durable, la résistance s’est installée. On a pu observer un rejet de la mode en tant que stigmate de la consommation à outrance, avec le phénomène « No Logo » – en référence à l’ouvrage de Naomi Klein. L’élite des médias semble donc vivre dans un monde irréel et instable. Et puis, n’a-t-on pas le sentiment que la mode est un éternel recommencement ? Hormis Courrèges qui inventa dans les années 70 une silhouette futuriste aux allures pop acidulée, aujourd’hui on tourne en boucle et l’on revisite ce qui s’est déjà fait. C’est ainsi que l’avènement du vintage fait son entrée sur scène et que nous fouillons dans les placards de nos parents pour exhumer quelques pièces rares qui fleurent bon la naphtaline. A tout bien considérer, cette démarche de recyclage est on ne peut plus écologique et conforme à l’air du temps, une époque où l’on commence à prendre conscience que nos modes de consommation ont des conséquences et répercussions en chaîne sur tout notre environnement. A commencer par l’exploitation de la main d’œuvre enfantine, parfois dans des conditions inacceptables, objet de scandale et de contre-publicité pour les marques. La mode devient donc éthique et manifeste une forme de rébellion face au diktat des grands consortiums industriels. Nous voulons être libres de choisir en toute créativité personnelle et en toute conscience de ce que cet acte d’achat produit comme conséquences.

karl_lagerfeldDes podiums à la rue
« La mode se démode, le style jamais », disait la grande prêtresse Coco Chanel. Il faudrait donc distinguer les deux choses: la mode en tant que phénomène identitaire de masse et le style, lequel est personnel, intemporel et le reflet de la personnalité. Prenons un exemple simple : cette année le jaune, l’orange, le violet et les imprimés années 70 envahissent les vitrines des magasins, les coussins de vos meubles de jardin, les banquettes de votre voiture. Rien n’échappe à cette vague déferlante version hippy chic. Ensuite il y a la forme, cette année encore, taille empire, pantalon patte d’eph et blouses fleuries… Alors si cela ne vous convient pas, je vous souhaite de débusquer la perle rare qui vous correspond vraiment. Là, la chasse au trésor commence… Peut-être est-ce cette petite portion de liberté qui nous séduit ? Nous autres fashionista, mettons un point d’honneur à trouver la pièce unique que personne n’aura, à inventer notre style et vivre nos heures de shopping comme une aventure palpitante. S’habiller, c’est absorbant et légèrement addictif. C’est de cette manière que l’on finit par scruter les nouvelles pièces des jeunes créateurs encore abordables avant de les porter avec des keffiehs Etam et des collants bon marché. Et au final, il n’est pas dit que l’on voudrait réellement investir 20’000 euros dans une seule pièce haute couture. Connaissez-vous Hel Looks et ce genre de sites rigolos où l’on vous dit comment apprendre à avoir du style en s’amusant ? En surfant sur le net vous tombez sur des forums où les filles se prennent en photo tous les matins avant de partir travailler pour montrer leur look du jour, avec explications détaillées : robe h&m froncée type Vanessa Bruno, sac imitation croco déniché aux puces, veste marron glacé comptoir des cotonniers. Vous visitez des blogs de new-yorkaises championnes de la récupération et du détournement, des boutiques spécialisées en vintage qui pullulent sur ebay, et lisez des milliers de commentaires, d’avis sur la fermeture éclair et sur les ballerines prune. Est-ce une faille spatio-temporelle ? L’habit ferait-il le moine ?

La mode, moins futile qu’il n’y paraît…

Tout le monde tient compte, plus ou moins con­sciemment, de la façon d’être habillé de l’autre. La première impression que l’on a des gens est visuelle et elle est déterminante car le style vestimentaire d’une personne donne une idée assez précise de sa personnalité, de son inclinaison culturelle, de son milieu social, ou de son statut professionnel. En un coup d’œil on sait à qui l’on a affaire. C’est triste à dire mais c’est ainsi, nous jugeons l’autre sur son apparence. Le choix d’une tenue, l’adoption d’un style ne sont donc jamais anodins, parce que ce que l’on porte définit ce que l’on est ou voudrait être. S’habiller c’est affirmer son appartenance à un mouvement, à une caste ou tenter de la transgresser par l’apparence. Les modes adolescentes sont révélatrices de cette quête. C’est le moment crucial du choix de son identité, parfois mouvante, mais néanmoins capitale au développement personnel du jeune adulte: minets pop, hippies, BCBG, babas cool, punks, new wave, gothiques, R’n&B… sont autant de looks que d’affiliations aux courants musicaux. D’ailleurs, certaines unités pédo-psy­chiatriques utilisent la mode comme un outil thérapeutique qui aide les adolescents fragiles à se construire et à retrouver la confiance perdue à travers leur image valorisée par le « bon look ». Le désir de séduire, l’envie de montrer clairement son appartenance à un groupe social, le besoin de se distinguer des autres et de forger son identité à travers le vêtement, sont autant d’influences conscientes ou inconscientes qui président à nos choix. La mode nous aide parfois tout simplement à être et exister. La mode… il y aurait tant à raconter sur un phénomène beaucoup moins futile qu’il n’y paraît et qui nous touche au plus près de la peau. Sur ce vêtement qui, une fois porté, change notre manière d’être et le regard que l’on pose sur nous. Yves Saint Laurent, l’un des maître couturier de ce siècle vient à peine de tirer sa révérence et je le laisserai conclure par cette citation qui en dit long sur son intime connaissance de l’élégance et de la nature humaine : « Pour être belle, il suffit à la femme d’avoir un pull noir, une jupe noire et à son bras l’homme qu’elle aime »… et cette mode-là, jamais ne passera…

By Valérie Penven
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